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Il y a 95 jours  -  Le Pays, mercredi 22 février 2012  -  Vu 19 fois

LE DILEMME DE L’UDPS: siéger ou ne pas siéger ?

L’UDPS du vieux Tshisekedi serait-il menacé de dislocation ? Le parti de l’opposition qui rejette les résultats du récent scrutin parlementaire en RD Congo, a décidé de ne pas siéger. Cela sème le trouble car l’option ne fait pas l’affaire de tous les militants. Le vieux Tshisékédi n’en démord pas : aller au parlement, signifierait entériner des résultats d’élections que son parti récuse.

C’est la suite logique de prises de position que défend l’UDPS depuis la dernière élection présidentielle : il en avait rejeté les résultats. Toutefois, tous les militants du parti n’approuvent pas cette option. Certains sont bien désireux d’aller au parlement. Les opportunités qu’offre le mandat de député sont sans doute à l’origine de ces dissensions. Certains ont dû travailler fort pour se faire élire. D’autres ont aussi rêvé depuis longtemps de mener une vie de parlementaire avec ses titres, ses avantages et bien entendu les inconvénients qui vont avec. Y renoncer constitue sans doute pour beaucoup un sacrifice de trop. L’électeur n’y comprendra rien et sera sans doute amer.

Pourtant, tous ces militants doivent aussi leur sortie du néant, leur ascension, au parti. D’où vient-il donc qu’ils se refusent à en respecter les règles et les principes ? La position de l’UDPS peut se comprendre, mais elle se défend difficilement. Après avoir accepté de participer aux élections, ce parti devrait en toute logique accepter d’aller prendre sa place au sein du nouveau parlement afin d’enrichir les débats. On pourrait par contre alléguer que aller siéger, avec une faible représentation, surtout lorsque l’on est convaincu que son score ne reflète pas la réalité, est périlleux.

On travaillera bien plus à entériner le fait accompli, le parti au pouvoir ayant beau jeu de prendre pour quantité négligeable, les partis minoritaires. Il est donc compréhensible que l’UDPS, qualifiée de deuxième parti politique de la RDC, n’entende point jouer à la cinquième roue de la charrette. Il lui faut néanmoins éviter de tomber dans le piège de ceux qui poussent à la désertion. Accepter d’aller siéger à n’importe quelles conditions, c’est satisfaire les caprices des tenants du pouvoir.

Aller au parlement aux conditions de ceux qui se disent « victorieux », signifie qu’on accepte d’aller assister impuissant au diktat du pouvoir. Devenue une caisse de résonance pour le pouvoir, l’Assemblée nationale ne fera alors que prendre des textes de lois qui lui sont favorables, même en dépit du bon sens. De telles opérations augurent d’une complicité qui met mal à l’aise. Par contre, en optant de ne pas siéger au parlement, on crée un malaise au sein du parti. Cela est de nature à provoquer des départs, donc à entraîner un début de dislocation. Le risque de scission paraît évident. L’UDPS pourrait donc se saborder si d’aventure, Tshisekedi persistait dans sa décision de ne pas siéger au parlement. Le parlement est un lieu où l’on vote, où se défendent les idées. L’on y débat des questions touchant à la vie du citoyen et des institutions.

Mais c’est surtout le lieu où se contrôle l’action gouvernementale. Ne pas y aller, conforte la position du parti au pouvoir, et ouvre une voie royale aux abus de toutes sortes. Il faut donc éviter de donner carte blanche aux gouvernants. Ils en profiteront pour exceller dans la médiocrité. La situation en RDC est à l’image de ce qui se passe ailleurs en Afrique. Accepter d’aller siéger dans des conditions non orthodoxes, n’est certainement pas recommandable, même au nom du dialogue et de la paix sociale. L’expérience montre que de telles initiatives n’ont pas toujours été payantes en retour.

Le parti dominant, qu’il ait triché ou pas, prend plaisir à pavoiser, verse dans l’ostentation, et se désintéresse du sérieux de l’opposition qui milite pour des solutions consensuelles. De sorte que dans plusieurs pays du continent, le prestige du député a perdu de son lustre d’antan. Qu’on ne s’étonne point si la vie parlementaire n’a plus son sens. Elle ne s’accroche à aucune éthique vraie, devenant ainsi de nos jours une entorse à la démocratie, une véritable plaie pour la république en construction. Malheureusement, avec ces exemples qui se multiplient, on voit que la fin du calvaire n’est pas pour demain.

En effet, dans la plupart des cas, les élites politiques ont renoncé à travailler pour ceux qui les ont élues. Elles pensent le plus souvent à leur mieux-être et à celui de leurs proches. La politique étant devenue le meilleur raccourci pour s’enrichir impunément, les élus participent sans vergogne au pillage quotidien du continent sur tous les plans. C’est ce qui explique cette désaffection du citoyen pour la chose politique. Il a le sentiment de voter pour rien. Parmi ceux qu’il a élus, il s’en trouve toujours qui se moquent de son sort une fois parvenus à l’une des trois sphères : la municipalité, le parlement et le gouvernement. Mais alors, comment peser positivement sur le destin des peuples à travers les parlements, ces outils de première main en démocratie républicaine ? Comment en finir avec ces scores qui font honte ?

Il faut que les Partenaires techniques et financiers (PTF) arrêtent de fermer les yeux sur ces parlements bidon, nés d’élections tout aussi malsaines. Parce que c’est aussi dans ces arènes qu’on légifère, et qu’on fait ratifier les lois et les conventions internationales qui impliquent ces mêmes PTF. Il faut en arriver à rejeter ouvertement les parlements et les gouvernements issus de ces simulacres d’élections, si l’on tient à faire avancer la démocratie en Afrique. Il ne faut pas se contenter de réclamer des présidentielles convenables et de négliger le cas des parlements et même des municipalités.

La démocratie se vit ou ne se vit pas. Egalement, il faut que les partis politiques cessent de fonctionner comme les biens personnels de leurs fondateurs. Pour que la démocratie prenne effectivement racine et avance dans les pays africains, il faut qu’elle s’exerce pleinement dans les partis politiques. La décision qui divise présentement la classe dirigeante au sein de l’UDPS, aurait sans doute fait moins de vagues si on avait pris le temps de consulter sérieusement la base du parti. A l’évidence, les dissensions confirment que la base sur laquelle repose pourtant la vie du parti, a dû être négligée durant le processus de prise de décision. Sinon, pourquoi refuserait-on de respecter les principes, et donc de s’aligner sur des décisions consensuelles ?

Enfin, aux peuples africains de lutter avec encore plus de détermination pour se débarrasser de tous ces délinquants à col blanc qui écument les partis politiques, l’appareil d’Etat et les autres secteurs d’activités. Habiles démagogues pour la plupart, ils sont aussi insatiables que médiocres. Eux seuls empêchent ce continent d’avancer. En attendant, à l’UDPS de savoir se tirer du guêpier.



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