
• Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo passe son premier baptême de feu à l’Assemblée nationale. Après avoir présenté son programme quinquennal lors de la plénière du lundi 7 mai dernier, c’est bien ce matin qu’il retourne à l’hémicycle, gibecière chargée de réponses voulues convaincantes aux préoccupations des honorables députés. • Mais au – delà de toutes ces considérations, si l’on n’y prend garde, la question de la sécurisation et de l’intangibilité des frontières du territoire national, partant de sa partie kivutienne, où des coalitions sont encore signalées, sera une priorité pour le Premier ministre : une question de vie ou de mort. • Bien que toutes les stratégies ne se dévoilent guère en pareille matière, le Premier ministre aura donc tout intérêt à présenter les pistes de sortie de cette crise qui risque de s’étendre, embraser le pays et saper au bout du compte les efforts de pacification et de l’envol du pays dans la vision de la révolution de la modernité.
C’est aujourd’hui que le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo apportera des réponses aux préoccupations des honorables députés. C’est pendant ce temps que l’on parle de plus en plus d’une nouvelle rébellion au Kivu. Le "M23" (Mouvement du 23 juin 2009), inspiré du M23 sénégalais. La guerre aurait éclaté de plus belle le 8 mai 2012 à Kibumba, en territoire de Nyiragongo, au pied des volcans Mikeno et Karismbi et des Monts Hehu, à la frontière entre la RDC et le Rwanda !
Selon les informations en notre possession, les déplacés ne cessent d’arriver à Kibati, malgré la trêve de 5 jours des FARDC. Si bien des députés conviennent que le programme gouvernemental de Matata Ponyo, tel que présenté devant la Chambre basse du Parlement congolais réuni en séance plénière du lundi 7 mai mérite approbation, et que l’équipe sera investie sans doute.
Néanmoins, il est aussi un secret de Polichinelle de reconnaître que tout projet qui ne met pas la paix au centre d’action est voué à l’échec. Que prévoit concrètement le chef du gouvernement pour restaurer la paix dans l’Est, avec cette nouvelle donne ? C’est bien l’une des questions qui valent. Et comme à chaque fois que la situation s’envenime dans le coin, l’implication plus ou moins claire du Rwanda voisin dans ce que l’on qualifie actuellement de nouvelle guerre est de mise, la coopération bilatérale et la diplomatie devraient être actionnées. C’est le cas de le dire, avec la situation affreuse qui prend au quotidien de l’ampleur et des proportions inquiétantes dans la province du Nord – Kivu, l’heure est à porter l’affaire au clair face à ces groupes armés qui se coalisent et forment aujourd’hui un mouvement dit M23.
A le croire, ce mouvement, qui affirme vouloir défendre l’accord de paix du 23 mars 2009, ayant conduit le CNDP à se transformer en parti politique pacifique s’est donné comme chef le Colonel Sultani Makenga. Selon des sources concordantes, cet officier de haut rang, identifié comme un très proche du général Bosco Ntaganda, est venu du Sud-Kivu. Il a fait défection vendredi dernier avec environ 80 hommes sous ses ordres. Il s’agit du même militaire qui s’est notamment fait remarquer en refusant l’inspection des stocks d’armes sous son contrôle l’année dernière.
Des alliances inquiétantes
Au juste, trois alliances ont été conclues dernièrement entre les différents groupes armés dans les territoires de Walikale, Lubero et Masisi. Cette situation rend l’avenir de plus en plus nuageux. Un doute planerait alors sur le succès tant souhaité de cette équipe gouvernementale à laquelle pourtant revient toutes les chances.
La première alliance a été conclue par le groupe Maï-Maï La Fontaine et un groupe de déserteurs des Fardc, conduit par le colonel Kahasha dans le territoire de Lubero, selon la société civile. Cette coalition, appelée « Union des patriotes congolais pour la Paix » (UPCP) occupe depuis bientôt une semaine presque toute la partie sud-est de Lubero, selon les sources coutumières locales en chefferie des Batangi, cités par la radio de la Monusco.
Au regard de cette situation qui va de mal en pis, et vu que cette alliance inquiète les populations vivant sur l’axe Kanyabayonga-Kirumba- Kaseghe, les autorités congolaises, mieux les Forces armées de la République Démocratique du Congo devraient doubler d’ardeur, en ce moment où la Région des Grands-Lacs se concerte.
De même, un autre accord lie les Maï-Maï Janvier à certains rebelles des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) qui occupent une grande partie du nord ouest du territoire de Masisi. Les miliciens Maï-Maï commandés par Cheka se sont aussi coalisés avec les Forces de Défense Congolaise (FDC) pour occuper plusieurs groupements de l’ouest du territoire de Walikale.
Le président de la société civile du Nord-Kivu, Thomas d’Aquin Mwiti Mustafa, a estimé, lundi 7 mai, que « cette situation peut facilement trouver solution si les FARDC devenaient une armée véritablement républicaine », c’est – à – dire éprise des valeurs d’une armée digne de son nom.
Le président de la société civile du Nord-Kivu, Thomas d’Aquin Mwiti Mustafa, attribue cette situation au fait que le processus d’intégration des éléments issus des groupes armés dans l’armée nationale a été mal exécuté : « Le mixage qui avait eu lieu est l’acte précurseur de tout ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. Les [éléments] CNDP [Congrès national pour la défense du peuple] continuaient à se considérer comme CNDP tout en étant dans les FARDC. Je pense que si on met fin à cette 5ème mutinerie, Kahasha, Lafontaine, Janvier,… vont revenir. » D’autres membres de la société civile pensent qu’en pareille situation, le gouvernement congolais devrait privilégier le dialogue pour sortir la province de cette énième crise militaire.
Le dimanche 29 avril dernier, les FARDC se sont affrontés à certains mutins proches du général Bosco Ntaganda au Nord-Kivu. Ces derniers ont réussi à occuper quelques localités de Masisi et Walikale, avant d’y être délogés par l’armée régulière. Ces combats ont fait des milliers des déplacés, selon bureau conjoint des Nations unies pour l’action humanitaire.
Toute cette situation vieille de plusieurs années dans cette partie martyre de l’Est du pays est un véritable défi auquel le Gouvernement Matata Ponyo devra s’atteler toutes affaires cessantes. Tant que le Kivu sera à feu, à sang visiblement soumis à la maudite démocratie de réfugiés éternels, l’épine est dans le cœur de la Rdc et son envol, et sa stabilité ne sont pas pour bientôt. La balle est dans le camp des autorités militaires qui devront mettre les cœurs ensemble, si les gouvernés et les gouvernants tiennent un même langage, si le militaire porteur d’arme est bien servi dans les limites de ce qui lui revient de droit,… le retour de la paix dans le Nord-Kivu est une question d’heure, tout est question de volonté.
Réformer la police et l’armée
La réforme de l’Armée, de la Police et des services de sécurité a été brièvement épinglée par le Premier ministre devant les élus du peuple. Bien que des questions sensibles aient été posées, Matata Ponyo avait déclaré au préalable que des avancées notables ont été enregistrées, avec d’une part la promulgation de la loi organique n°11/012 du 11 août 2011 portant organisation et fonctionnement de la Police Nationale Congolaise. De même, le Premier ministre avait déclaré que « sur le plan opérationnel, quelques défis restent à relever, liés à la persistance de l’activisme des groupes armés (à l’Est du pays) et à la précarité des conditions de vie des militaires et des policiers ».
C’est donc en connaissance de cause que le chef du gouvernement avait énuméré à cet effet, que les mesures suivantes doivent être prises : adopter et promulguer les lois relatives au statut de militaire et au statut de policier ; adopter et promulguer la loi de programme portant sur les dépenses d’investissement ; assurer la mise en œuvre effective de ces lois par l’allocation des crédits budgétaires correspondants aux différents droits des militaires et policiers ; poursuivre la réorganisation de l’Armée notamment par le redéploiement des troupes formées à travers la République, principalement dans les zones encore perturbées ; adopter et promulguer la loi de programmation portant, notamment sur les dépenses d’investissement, de fonctionnement relative à la mise en œuvre de la réforme de la police nationale ; poursuivre l’équipement de l’Armée et de la Police Nationale ; adopter le cadre légal, réglementaire et logistique pour davantage de professionnalisme au sein des services de sécurités autres que la police nationale et l’armée (ANR et DGM).
Cette réforme doit également réserver une place de choix à la formation et au perfectionnement permanents des soldats et officiers de l’armée, de la police et des services de sécurité, gage de leur efficacité, a- t – il encore préconisé. C’est donc un probable prélude de sortie d’auberge de cette crise. Les militaires méritent mieux et doivent donner le meilleur d’eux – mêmes.
Implication
Les mutins proches du Général Bosco Ntaganda viennent d’officialiser leur projet. Leur constitution en milice rebelle sous le nom d’armée nationale du Congo/CNDP est désormais officielle. Cette prise de position publique sonne comme un défi après l’ultimatum de l’armée qui leur demandait de se rendre avant jeudi prochain. Le communiqué daté du 6 mai et qui circule depuis hier lundi sur Internet associe pour la première fois depuis trois ans le nom de l’ancien groupe rebelle Congrès national pour la défense du peuple à la notion de groupe armé.
Si l’inquiétude règne en jetant le regard sur la situation à Goma, où l’on se demande notamment quelle attitude va adopter Kigali face à ces insurgés principalement rwandophones, il nous revient que le régime de Paul Kagame se dit désolidarisé officiellement de ces mutins. Mais seule la santé militaire de ce mouvement rebelle démontrera le degré d’implication du Rwanda ou de l’Ouganda, jugés à tort ou à raison des tireurs de ficelles, des cerveaux, des commanditaires.
L’Avenir