Il y a 426 jours - Le Potentiel, lundi 26 mars 2012 - Vu 120 fois
Dans 4 jours exactement, le président Joseph Kabila Kabange va totaliser 100 jours depuis sa prestation de serment le 20 décembre 2011. Sont attendues également l’élection et l’installation du bureau définitif de l’Assemblée et la désignation du futur Premier ministre pour la mise en place du nouveau gouvernement. Semaine riche en événements, celle qui débute ce lundi. Faut-il penser déjà à l’envol de la République démocratique du Congo ? Interrogation capitale au moment où les cogitations politiques promettent bien de surprises.
Didier Cannet, médecin, responsable de missions à Médecins du Monde, faisait publier dans le journal Le Monde, un article qui pose un problème d’actualité et de fond en ce qui concerne la République démocratique du Congo. Il estimait qu’il «est urgent de reconstruire autrement la RDC» afin d’éviter le «retour à l’instabilité et à la violence».
Au moment où le président réélu, Joseph Kabila Kabange s’apprête à célébrer les 100 jours de son second quinquennat, cette réflexion revient à l’esprit. Serait-ce le moment de croire à l’envol de la République démocratique du Congo ? En fait, la RDC n’a pas d’autre alternative : l’envol ou la chute.
Ce qui place la RDC dans une position déterminante, à un moment crucial du «choix» de son avenir et de son devenir. Moment crucial tant il est vrai que des événements qui sont susceptibles de donner une nouvelle impulsion à la gouvernance de la RDC sont attendus à partir de cette semaine. Il y a évidemment l’élection et l’installation du bureau définitif de l’Assemblée nationale. Presque au même moment, pourrait intervenir la désignation du futur Premier ministre avec en boucle la formation du nouveau gouvernement.
Mais le 30 mars 2012, le président Joseph Kabila va totaliser 100 jours depuis son investiture. Un moment capital pour un président de la République réélu qui entame un second quinquennat. Moment crucial pour autant qu’il marque la fin de la période de grâce de ce second mandat et devrait donner un nouvel élan à son quinquennat au regard de son discours électoral. Puisqu’il s’agit d’un second mandat, instant approprié pour faire également le bilan de ses 100 premiers jours.
LES PREMIERES DECISIONS COURAGEUSES
Il s’agit donc d’une semaine déterminante au regard des événements énumérés ci-dessus. Et pour preuve, toutes ces consultations politiques qui, logiquement, devraient déboucher sur la prise des décisions courageuses qui doivent à tout prix consacrer l’envol de la RDC. Ou mieux encore, pour rejoindre Didier Cannet, permettre la reconstruction de la RDC autrement.
En effet, les cogitations de dernières semaines ont souligné, si besoin en était encore, l’existence d’un «malaise politique» pour ne pas paraître Congo-pessimiste afin d’éviter de blesser les cœurs chagrinés. La quête d’une nouvelle majorité, la tendance à déboucher sur un consensus sont autant d’éléments palpables que les institutions ne devraient pas être fragilisées dans cet élan de faire face aux grands défis de développement. Mais plutôt de prendre conscience qu’il y a beaucoup à faire tant les records réalisés par la RDC ces dernières années sont illusoires et interpellent les hommes épris de l’excellence. Tenez.
Au plan de l’Indice de développement humain (IDH), la RDC garde jalousement la dernière place, 178è sur 178 pays, nonobstant ses richesses incommensurables et l’effacement de sa dette. Au plan sanitaire, les «maladies banales telles le paludisme, la diarrhée, la malnutrition» ont refait surface et de façon impitoyable. Le choléra, la rougeole, la poliomyélite tuent et provoquent des handicaps physiques.
Dans le domaine sécuritaire, l’Est du pays est toujours à feu et à sang qu’on enregistre aujourd’hui plus de 1 800 000 personnes vulnérables. Plus grave, la RDC est devenue «un laboratoire pour les institutions et bailleurs de fonds internationaux» afin de tester des «expériences». Allusion faite à cette formule alambiquée, 1+4, unique au monde mais appliquée en RDC. Pire encore, la RDC est classée «Etat fragile» au même titre que l’Afghanistan, le Haïti et le Darfour. Tout simplement parce que ces Etats reçoivent autant d’aides au développement, mais rien ne change. Ne parlons pas de violences sexuelles, de viols avec meurtres qui sont devenus le vécu quotidien des populations martyres de l’Est. La RDC est classée zone à risques.
Comme si cela ne suffisait pas, la RDC est comptée parmi les pays les plus corrompus d’Afrique. On ne peut nullement monter sur le podium pour une médaille d’or avec un palmarès bizarre. Quelle thérapie pour un tel malade ?
LA TRILOGIE DE L’ENVOL
La réponse à cette interrogation se trouve dans la «Trilogie de l’envol». Dans un article consacré à Jules-Fontaine Sambwa, gouverneur émérite de la Banque centrale du Congo, le professeur Thiunza Mbiye évoquait la «trilogie» de cet érudit pour un Etat fort et solidaire : «la tolérance, la fraternité et l’émergence d’un Etat de droit».
L’Eglise catholique du Congo parle de «l’amour, la vérité et la justice» pour un Congo nouveau. Enfin, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, complète cette liste de «trilogies» en mettant un accent particulier sur la «paix, la sécurité et la justice» sans lesquelles aucun développement n’est possible. Une richesse qui peut permettre à la République démocratique du Congo de consacrer son envol afin d’éviter la chute.
La semaine qui commence ce lundi est déterminante parce qu’elle se consacrera à la consolidation des institutions de la République, au renforcement du processus démocratique et enfin au relèvement des défis d’un développement durable ainsi qu’à la promotion humaine. Trilogie de l’envol pour s’inscrire dans la vision de Thabo Mbeki, ancien président de la République sud-africaine, qui préconise des pistes de solutions pour «défendre la souveraineté nationale». Il s’agit du renforcement de la démocratie et du respect des droits de l’Homme ; de développer la capacité à résoudre les conflits au sein des institutions nationales fortes et dépersonnalisées; de disposer des politiques réellement nationales de développement ; de renforcer les organes existants en ayant une idée exacte des enjeux nationaux, régionaux et internationaux.
C’est la semaine de l’envol. Maintenant ou jamais.
Par Freddy Monsa Iyaka Duku