
*C’est le samedi 24 mars que la nouvelle compagnie aérienne, Fly Congo a effectué son vol inaugural. Des renseignements pris, il s’avère que Fly Congo n’aurait rien d’une nouvelle compagnie d’aviation. Celle-ci, selon des sources sûres, serait née des cendres de la compagnie Hewa Bora Airways de triste mémoire
*D’ailleurs, un courrier adressé au ministre des Transports et Voies de Communications dévoile que les actionnaires auraient, à l’unanimité, résolu de changer la dénomination de la société Hewa Bora Airways Sarl en Fly Congo Sarl. Et ce, tout simplement pour des raisons de commodité psychologique suite à l’effet de l’accident survenu le 8 juillet 2011 à Kisangani
*Voilà pourquoi le 9 mars dernier, Fly Congo a écrit au même ministre pour solliciter la reprise des vols réguliers de la compagnie aérienne, tout en sollicitant auprès de lui l’élaboration d’un Arrêté ministériel portant changement de dénomination ainsi que le renouvellement de la licence d’exploitation.
Le ciel congolais vient de s’enrichir, il y a peu, d’une nouvelle compagnie d’aviation. Il s’agit de Fly Congo dont le vol inaugural a eu lieu le samedi 24 mars dernier. Selon un communiqué de presse de la compagnie, ses vols desservent pour un premier temps Kinshasa et Lubumbashi, tous les jours de la semaine. Et ce programme est provisoire, en attendant l’arrivée d’autres avions.
Des renseignements pris, il s’avère que Fly Congo n’aurait rien d’une nouvelle compagnie d’aviation. Celle-ci, selon des sources sûres, serait née des cendres de la compagnie Hewa Bora de triste mémoire. Pour être clair, la licence suspendue de Hewa Bora serait transmise à Fly Congo. Des sources proches du ministère des Transports et Voies de Communication, il s’avère que les actionnaires auraient, à l’unanimité, pris la résolution de changer la dénomination de la société Hewa Bora Airways Sarl en Fly Congo Sarl. Et le même courrier de préciser que c’est tout simplement pour des raisons de commodité psychologique, suite à l’effet de l’accident survenu le 08 juillet 2011 à Kisangani.
Ceci pour dire que Hewa Bora Airways serait égale à Fly Congo, sauf le nom qui a changé. Et ce, même si le même courrier renseigne qu’à part le changement de la dénomination de la société, aucune autre transformation en passif ou en actif n’a été opérée, ni non plus les droits, privilèges et acquis liés à sa configuration qui restent dans l’état actuel. Il est quand même curieux de constater que Fly Congo se trouverait dans les anciennes installations de Hewa Bora Airways, situées sur le Boulevard du 30 juin, dans la commune de la Gombe, ainsi que sur l’avenue Kabambare dans la commune de Barumbu. Ce qui conduit à conclure que Fly Congo ne serait qu’une copie collée de Hewa Bora dont on sait dans quelles conditions les autorités congolaises avaient décidé de suspendre sa licence d’exploitation.
A quel jeu jouent les autorités congolaises, elles qui sont censées protéger les milliers des Congolais ? On ne peut pas dire une chose et son contraire, se caresser la mémoire et renouveler la même couche de peinture de façade. Heureusement qu’il y en a toujours qui croient tout ce qui leur est offert sur le marché des transports congolais.
A vrai dire, Fly Congo se serait dotée pratiquement des mêmes couleurs que son précurseur Hewa Bora (le bleu ciel, le Jaune et le Rouge). Qui sait si Fly Congo utiliserait aussi le même personnel, surtout qu’on ne sent plus de bruits des anciens agents de Hewa Bora qui étaient largués dans la rue, pour exiger la reprise des activités de leur compagnie.
En effet, après l’accident du 8 juillet 2011, où un aéronef de Hewa Bora s’était écrasé dans une vallée non loin de la piste d’atterrissage de l’aéroport international de Bangoka, à Kisangani, la licence de cette compagnie d’aviation a été suspendue. L’avion avait à son bord 112 personnes. Le bilan était très lourd au point d’obliger le gouvernement congolais à décréter un deuil national. Plus de 78 personnes tuées dont les membres d’équipage.
Le couple présidentiel, toutes affaires cessantes, avait fait le déplacement de Kisangani en vue de consoler les familles éprouvées et surtout de soutenir les blessés survivants de ce crash. C’est au lendemain de ce crash que les autorités congolaises avaient résolu de suspendre la licence d’exploitation de Hewa Bora. Et dès lors, les avions de cette compagnie étaient cloués au sol. Qui ne connaît pas comment les agents et cadres de cette entreprise ont rencontré différentes autorités pour que la suspension soit levée. Ayant constaté qu’il était devenu difficile, voire impossible d’évoluer sous le label de la compagnie Hewa Bora au regard de son bilan macabre, ses initiateurs ont préféré tout simplement changer de dénomination, sans trop tirer les leçons de cette déconfiture. Malheureusement, les mêmes Congolais vont être obligés à voyager avec cette compagnie, faute de mieux.
Quelques leçons
Les autorités compétentes devaient tirer les conclusions de cette situation, avant qu’une nouvelle licence ne soit accordée à Fly Congo. Curieusement, la licence de Hewa Bora Airways qui avait été suspendue par les autorités congolaise semble être remise à Fly Congo qui a même annoncé au ministre des Transports et Voies de Communication la reprise des vols réguliers de cette compagnie.
Ainsi, le même courrier relate que Fly Congo compte opérer de la manière suivante : vols nationaux (chaque jour, Kinshasa-Lubumbashi-Kinshasa) ; vols internationaux (4 vols par semaines sur Johannesburg). Les signataires de la lettre sollicitent en même temps l’élaboration d’un Arrêté ministériel portant changement de dénomination de la compagnie ainsi que le renouvellement de la licence d’exploitation qui leur permettra d’exploiter leurs droits de trafic sur l’Afrique du Sud.
Les autorités congolaises qui, semble-t-il, sont tombées dans un véritable piège du reste facile à découvrir, se sont permises de transférer la licence d’exploitation de Hewa Bora Airways à Fly Congo sans pour autant tirer les leçons de l’accident de Bangboka. Et pourtant, au lendemain de ce crash, un rapport a été publié et devait servir aux uns et aux autres afin de prendre la décision sage et équitable. En attendant, il sied de rappeler quelques recommandations du rapport publié au lendemain du crash de Bangboka :
1. (…) selon des informations en notre possession, il était reproché au commandant de bord de n’avoir plus fait de simulateur sur l’avion B727-100 depuis 2009. Et pourtant, un pilote passe tous les 6 mois dans un simulateur à travers un training récurrent suivi par un check en tant que commandant sur l’appareil. Ce qui pousse à dire que tout le monde était au courant du mauvais état de l’appareil et du non-respect de la réglementation tant nationale qu’internationale, mais des mesures courageuses n’ont pas été adoptées afin de mettre fin à cette situation. D’autant plus que dans un passé récent, plusieurs événements ont endeuillé le pays et ont même entraîné la révocation de certains ministres en lieu et place de véritables auteurs qui posent des actes techniques et administratifs répréhensibles.
2. Mais avec l’approfondissement de l’enquête, la commission a constaté qu’il existait des causes latentes et récurrentes, par exemple l’immatriculation définitive illégale des avions en leasing, et des causes proches qui ne sont que l’aboutissement d’un processus. Et ce, surtout qu’il est plus que temps de protéger les pavillons congolais (aériens et maritimes) et de faire bénéficier le pays de toutes les ressources potentielles, plutôt que d’assister chaque fois impuissamment à des cas de désolation.
3. Le rapport auquel nous venons de faire allusion accusait HBA d’avoir importé définitivement un avion appartenant à une autre société et en avoir sollicité l’immatriculation définitive sans autorisation d’importation. En plus, comme c’était la coutume chez HBA, il revenait même à cette compagnie d’embarquer un surnombre de passagers dont certains à identités douteuses et d’avoir confié les commandes du Boeing 727 à un pilote dont la qualification n’était pas renouvelée.
Maintenant que c’est la même licence qui a été transmise à Fly Congo, quel est le sort de toutes les victimes du crash (les morts et les blessés graves), d’autant que les actionnaires ont décidé que le changement de dénomination de la société n’entraîne une transformation en passif ou en actif ? Ces victimes ne risquent-t-elles pas d’être flouées ?
Rien de neuf
Au regard de tout ce qui a été dit, tous les observateurs avertis du monde aéronautique seront étonnés de constater que Fly Congo ne diffèrerait en rien de Hewa Bora Airways dans laquelle elle a tout puisé (personnel, bureaux, aéronefs, lignes de vol, logo, couleurs, etc.). Ainsi, les Congolais, obligés malgré eux d’utiliser les avions de cette compagnie faute de mieux se sentent floués et exigent des explications aux autorités qui doivent lui fournir les vraies motivations qui leur ont permis de transférer la licence à cette compagnie qui reste collée au modèle Hewa Bora.
Peut-être que les responsables de Fly Congo diront que le management a changé. Une affirmation difficile à confirmer, lorsqu’on sait que Hewa Bora n’était pas géré par un seul individu, mais par un groupe d’individus dont les méthodes de travail devront se transposer à Fly Congo. Peut-être aussi que les autorités congolaises ont été induites en erreur, notamment celles de l’Autorité de l’aviation civile. Et là encore, la licence devra être suspendue pour permettre au Gouvernement de s’imprégner du dossier. Force est de constater que les observateurs du secteur ne manqueront pas à s’étonner. Car en effet, comment justifier qu’il a fallu seulement quelques mois pour initier une autre compagnie, réunir les moyens qu’il faut, les documents exigés, pendant que certains, pourtant qui ont les dossiers en ordre, n’ont pas constaté la même promptitude et le même empressement dans le chef des autorités congolaises ? Y aurait-il un traitement de faveur pour Fly Congo (Hewa Bora) ? Peut-être que l’avenir répondra à cette question. Mais on ne peut pas ne pas observer que les autorités devraient d’abord analyser le dossier présenté par Fly Congo, tirer les leçons de la débâcle de Hewa Bora, avant de les autoriser de fonctionner.
Les autorités congolaises oublient-elles qu’à ce jour, il est interdit aux passagers étrangers, voire les Ong internationales ou des Ambassades accréditées en Rd Congo d’utiliser les compagnies aériennes congolaises qui sont toutes sur la liste noire de l’Union européenne ? Pourquoi les autorités congolaises, de même que Hewa Bora ne se sont-elles pas donnés la peine de publier les conclusions du crash de Bangboka pour permettre à d’autres de s’en inspirer ? Au lieu de profiter de l’occasion pour assainir le secteur, la Rd Congo a préféré cracher sur ses propres décisions. Quelle crédibilité la Rd Congo aura-t-elle vis-à-vis d’autres pays étrangers ?
L’Avenir