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Il y a 1545 jours  -  OnewoVision.com, lundi 29 avril 2013  -  Vu 41 fois

Journée Internationale de lutte contre le paludisme : Interview du Dr Nafo-Traoré

A l’occasion de la Journée Internationale de lutte contre le paludisme, la Directrice exécutive du partenariat « Faire reculer le paludisme » (RBM) le Dr Fatoumata Nafo-Traoré nous a accordé une interview. L’ancien ministre de la santé du Mali rappelle que malgré les progrès accomplis, 660 millions de décès ont encore lieu chaque année. L’ensemble des interventions de lutte est estimé à 5,1 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour éradiquer la malaria.

Quel est le message que vous avez choisi cette année ?

Le programme des Nations Unies de lutte contre la malaria (RBM) souhaite transmettre un message pour les trois années à venir : « Investir dans le futur pour mettre en échec le paludisme ». Ce thème sera conservé jusqu’à la fin de 2015 qui correspond à la fin de la période des objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Le combat qui a été engagé a-t-il produit des résultats ?

Dans la décennie écoulée il y a eu de très grandes avancées dans la lutte contre le paludisme Aujourd’hui près de 235 millions de cas de paludisme sont toujours identifiés dans le monde et près de 660 millions de décès ont lieu par an. Malgré cela on peut considérer que les outils de lutte que nous avons en notre possession (moustiquaires, pompage dans les maisons, tests) donnent les résultats escomptés même si les ressources attendues ne sont pas à hauteur de ce qui était attendu.

Actuellement toutes les agences des Nations Unies sont confrontées à un sérieux problème de manque de fonds. Etes-vous dans la même situation ?

En effet nous avons un déficit d’un peu plus de 50% des fonds nécessaires depuis les cinq dernières années. Avec la crise, sur les 5,1 milliards de dollars nécessaires nous espérons récolter 2,3 milliards de ressources annoncées par le Fonds Mondial, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Fondation Bill & Melinda Gates, la Banque Mondiale… plus les ressources venant des pays. Ainsi, il faut réussir à mobiliser le montant manquant pour maintenir les résultats actuels et accélérer la lutte pour les deux années et demie qui restent d’ici décembre 2015.

Comment réagissez-vous à cette crise ?

« On essaye de maintenir, au moins, les financements traditionnels et s’assurer que les gouvernements du Sud des pays endémiques puissent accroître leurs ressources. Bien qu’on soit tout à fait conscient que les pays les plus touchés sont souvent les plus pauvres et que les priorités ne manquent pas. Pour 1 dollar investi dans la lutte on récupère 45 dollars de retour sur investissement.

Avez-vous pensé à explorer de nouvelles pistes pour trouver de nouveaux donateurs ?

On travaille sur le développement de sources de financement innovantes telles que les taxes perçues sur les billets d’avion. Nous aimerions aussi développer le « malaria bond » pour qu’il attire plus d’investisseurs. La malaria bond est un schéma qui permettrait à ceux qui ont de l’argent de se dire : « ça c’est une cause qui vaut la peine ! » car les pays ont le devoir de garantir un résultat. Le Mozambique est le pays qui va démarrer ce processus.

La maladie a-t-elle régressé en Afrique ?

Le poids de la maladie a régressé d’environ 33% en Afrique et 25% dans le monde par rapport à 2000 mais malheureusement chaque minute qui passe voit disparaître un enfant particulièrement en Afrique où se sont les femmes enceintes et les enfants qui sont les plus touchés par la maladie. Le dernier Rapport sur paludisme dans le monde (2012) montre que sur 104 pays touchés, 50 sont sur la bonne voie pour réduire de 75% les taux d'incidence du paludisme d'ici 2015. Neuf d'entre eux sont en Afrique.

Et pour les autres régions dans le monde, quelle est la situation ?

Dans les autres régions du monde se sont principalement les adultes qui sont les plus touchés dans les zones reculées : les travailleurs migrants, les gens travaillant dans des zones isolées et les groupes ethniques. Il faut recentrer la lutte autour de cette nouvelle dynamique de lutte dans ces zones précises.

En Asie du Sud-Est, au Myanmar où un nouveau pays va s’ouvrir au monde, les travaux construction de routes, de logements vont être énormes et en même temps les forêts seront détruites et cela provoquera une recrudescence de moustiques. On a constaté ce phénomène en Thaïlande lorsque les zones forestières ont été dévastées au profit de la culture du caoutchouc. Ce développement en Asie du Sud-est et dans le Pacifique vont être la cause d’amplification du paludisme.

Depuis quelques années on constate une résistance contre l’artésiminine, principal composant de tous les produits qui servent à la lutte. Qu’en est-il à ce jour ?

La résistance contre l’artémisinine est contenue en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Birmanie, Cambodge) mais ce serait une catastrophe, particulièrement en Afrique, si elle se propageait. En effet, les artémisinines, composant essentiel des associations médicamenteuses comportant de l’artémisinine (ACT), arme la plus efficace contre la forme la plus mortelle de paludisme, celui à falciparum.

Comment voyez-vous l’avenir ?

L'élan pris ces dernières années dans la lutte contre le paludisme, doit absolument se maintenir… C’est la raison pour laquelle il faut investir dans la santé publique des pays les plus pauvres pour leur permettre d’accéder au développement avec des sociétés en meilleure santé. C’est une occasion qui pourrait ne plus jamais se représenter.

Catherine Fiankan-Bokonga

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